Certains méditent avec les sons, d’autres avec les mots.
Pour la joie de se tourner vers l’essentiel, voici une réflexion de mon neveu Sébastien.
François Carrier
London
Je me rappelle avoir vu ou entendu quelque part que le point de départ et le point d’arrivée de la vie étaient le même, mais qu’en sais-je vraiment? Et qu’en est-il du temps passé entre ces deux pôles? Ma mémoire est éparse et très sélective avant mes sept ans, je ne saurais décrire fidèlement l’état dans lequel j’étais en venant au monde. Je ne saurais, non plus, décrire un état de l’avenir sur lequel mon esprit n’a aucun empire.
Je suis donc seul ici derrière ces yeux, à l’intérieur de ma tête, ayant pour seul objet le spectacle de ce monde. Un spectacle merveilleux pour mes yeux curieux, mais trop souvent décevant pour mon âme quémandant. Si seulement je pouvais faire abstraction de mes désirs? Y a-t-il un désaccord de fond entre mes pulsions et ce qui m’est donné comme horizon? Je cherche et je trouve, mais toujours le beau s’évanouit. Je cherche et je trouve, mais toujours l’émerveillement s’atrophie. Je cherche et je ne trouve plus. Je ne cherche plus. La curiosité me contraint à des vérités qui n’ont aucune tangibilité et le monde lui-même j’espère m’en détacher. Aurais-je tout gâché?
Le calme du désespoir apathique, tout comme une dérive en mer, se transforme graduellement une méditation. Je prends le temps et je sens toute l’énergie qui me côtoie et m’envahit, lentement je renoue avec le monde. Cette sensation c’est celle de la vie, d’une vie qui s’étreint, d’une vie qui sent et se reconnaît en toutes choses. Les distinctions entre le vrai et le faux s’amenuisent pour qu’enfin j’atteigne un portrait authentique de la réalité. Aurais-je tout gâché? Non certes, je ne suis pas encore arrivé!
Une nouvelle ouverture me donne tout un univers de beautés illuminant mes journées. Je ne cherche plus, je trouve ; en chaque chose, une énergie qui nourrit ma curiosité purifiée et constamment rassasiée. Des parcelles d’universelles et parfois torrentielles émotions me submergent et je flotte tout léger dans ma gaîté. La vie devient un évènement de chaque instant et je travaille en m’amusant et je m’élève en jouant.
Si, en effet, il y a unité entre le départ et l’arrivée, il doit en être de même pour tout ce qui s’en est apparemment distingué. Mon identité m’a engourdi jusqu’à en perdre la faculté d’écouter et de m’écouter, mais au fond de nous et en chaque brin de vie gît une énergie qui nous active et qui demande seulement à vivre en goutant, en s’affirmant et en grandissant.
Il y a deux seuls sentiments universels, entre l’amour et la haine j’ai trouvé lequel rayonnera sur chacun de mes moments. Je laisse ma vie entre les mains de mon cœur ainsi j’oublie et je jouis du plus grand cadeau de la vie : Vivre, à chaque instant.
Sébastien Carrier
Québec, août 2011 |